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Aéroplane de Touraine |
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Emile Train et Marc Bonnier sont sortis indemnes de l'accident du départ. (col. Didier Lecoq) |
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La Touraine, terminus des espoirs d'André Beaumont sur Paris - Madrid
Mais d’abord,
plantons le décor. Tout
l’hiver 1910-1911, les lecteurs de journaux sont tenus en haleine
par les aviateurs militaires. Il y est question du nouveau camp
d’aviation d’Avord, dans le Cher, ainsi que des officiers-aviateurs
qui s’entraînent à Pau : des lieutenants de Malherbe (né à
Veillens, en Loir-et-Cher, dont le frère est officier de cuirassiers à
Tours), de Rose (éphémère élève du collège Saint-Grégoire de
Tours), et Conneau. En
ce début d’année 1911, la carte de la France aéronautique penche
au sud-ouest avec Paris-Bordeaux-Pau du capitaine Bellenger qui passe par Pontlevoy et
traverse le sud de l’Indre-et-Loire. C’est
la grande nouveauté : jusque-là, au bruit du moteur, les piétons
avaient la précaution de se garer sur le bas-côté. Désormais, ils
jettent aussi un œil vers le ciel en espérant observer un aéroplane.
Jules
Védrines entre à son tour dans la danse. Il veut rallier Paris à Pau
sans passer par Bordeaux mais un atterrissage un peu brusque le stoppe à
Châtellerault. Un second essai le mène à Poitiers. Des mesures de sécurité... routières C’est dans cette effervescence qu’approche Paris-Madrid. Cette course réveille de jeunes souvenirs chez les sportifs de Touraine. Ceux du rallye automobile de 1903, au cours duquel Marcel Renault (frère de Louis et Ferdinand) a trouvé la mort, à Couhé-Vérac, dans la Vienne. Une course arrêtée à Bordeaux, terme de la première étape, en raison du nombre de morts : six ! Pour
les Tourangeaux, il existe pourtant une différence de taille. Contrairement aux autos qui ont suivi la
nationale 10, les aéroplanes ne doivent pas passer à Tours mais un peu
plus à l'est, à Loches. Les organisateurs ont
prévu, en cette époque où la navigation aérienne balbutie, d’aider
les pilotes en allumant des feux réguliers, tous les quinze kilomètres.
Pontlevoy, où s’est installée l’école d’aviation du tandem Morlat
– Thauvin, est sur la route. Une fête y est organisée pour admirer les
aéroplanes qui veulent se ravitailler. Pour les Tourangeaux, ce n’est pas loin. Le
souvenir du Paris-Madrid 1903 est
encore vivace et la
première mesure de sécurité concerne … les automobiles. La
préfecture d’Indre-et-Loire reçoit une note urgente du ministère de
l’Intérieur datée du 16 mai : « Il
est à prévoir que pendant cette première journée, un assez grand
nombre de voitures automobiles, marchant à toute vitesse, suivront la
course et traverseront votre département ». Le parcours : Le
Liège, Genillé, Loches, Perrusson, Verneuil, Saint-Flovier, Charnizay,
Preuilly-sur-Claise. « Je vous prie de vouloir bien aviser, d’extrême
urgence, les municipalités des localités situées sur le parcours et de
prendre, avec le concours de la gendarmerie toutes dispositions utiles,
pour garantir la sécurité des personnes et prévenir les accidents. » Cette
lettre aura une réponse dans les colonnes de La Dépêche du Centre dans
son édition du dimanche 21 mai, jour du départ, sous le titre « Avis
important » : « Au cas où des accidents se produiraient
pendant la traversée de notre département par les concurrents, nous
prions nos correspondants et nos amis de nous en aviser sans retard par télégramme. » La
suite de l’histoire est connue. Le Lasseur de Ranzay, Beaumont (le
pseudonyme du lieutenant de vaisseau Conneau pour les épreuves
d’aviation), Gibert, Roland Garros (tous sur Blériot) et André Frey
(Morane) partent. Jules Védrines (Morane) abîme son Morane au décollage.
Puis c’est l’accident, le drame. Emile Train qui pilote un avion de
sa conception, s’écrase et son moteur tue le ministre de la Guerre,
Maurice Berteaux, blesse grièvement plusieurs personnes dont Ernest Monis,
président du Conseil et Henry Deutsch de la Meurthe. Le
Paris-Madrid aérien aurait pu connaître le sort du Paris-Madrid
auto. Mais cette fois, le spectacle continue. A la demande de président
du Conseil. L’épreuve repart le lendemain. Pour le bonheur de
Jules Védrines qui remportera la course. En
Touraine, ce n’est qu’après le passage des premiers concurrents
que la nouvelle est connue. A
Tours, le journal La Dépêche sort une édition
spéciale « avec les premiers détails ». Selon ce quotidien,
« elle s’est enlevée rapidement à des milliers
d’exemplaires ». Loin
du tumulte, Roland Garros et les autres rescapés poursuivent leur
chemin. Prudent, le futur vainquer de la Méditerranée avait décidé de
passer par Tours. En suivant la voie ferrée. « Zut !
des ratés… Tout allait trop bien. C’est un cylindre qui se trouve
mal… Il agonise. Il se tait. J’essayai de continuer sur six cylindres.
Mais j’avais perdu de la hauteur à Tours en cherchant les rails. J’étais
encore lourd ; le vent arrière irrégulier portait mal. Après un
quart d’heure de persévérance, je me trainais sur les arbres. Il était
urgent d’atterrir. Je saisis l’occasion médiocre que m’offrit un
petit champ de haies. Je m’y arrêtais de justesse. » Il ne s’agissait que d’une bougie encrassée. « Je réussis – non
sans peine – à repartir, avec l’aide de quelques paysans. » C’est ainsi que Roland Garros arrive le premier à Angoulême.
Roland Garros n'a pas eu de chance dans les courses de 1911 : battu dans Paris - Madrid, battu dans Paris - Rome. (col. didier Lecoq) Les
autres pilotes connaissent des fortunes diverses. De
son côté, Gibert
a choisi la route directe. Il s’arrête à Pontlevoy où la possibilité
de voir les avions se ravitailler a attiré de nombreux spectateurs. « Dès
le matin, des trains, de nombreuses autos amenaient de toutes les
directions un grand nombre de voyageurs, note le correspondant de La
Dépêche. Déjà, vers 7
heures, malgré le temps incertain, plus de 5.000 personnes se pressaient
aux portes d'accès du champ d'aviation, et chacun cherchait une place à
l'abri du vent pour attendre patiemment les aviateurs. A 7 heures 10,
l'appareil n°3 (piloté par Beaumont) – venant de Blois – passait à proximité et peu après disparaissait dans
le brouillard. Bientôt les abords des enceintes étaient envahis par les
curieux dont le nombre n'était pas inférieur à 20.000. » A
l'annonce de l'accident, la stupeur s'empare de l'aérodrome qui se vide en quelques
minutes. « Sur la longue route où l'on circule difficilement, des
phrases rapides et des mots d'étonnement se font entendre, car tous se
rappellent qu'il y a exactement huit jours nous fêtions aux côtés de M.
Paul-Boncour, l'éminent et respecté chef de l'armée, M. Berteaux qui
venait d'être la victime d'un accident stupide au moment où il
encourageait l'effort des officiers aviateurs dont il nous vantait le
courage au banquet de Saint-Aignan, poursuit le journal.
A 10 heures, l'aviateur Gibert venait dans un atterrissage splendide se
poser à quelques mètres des hangars. » Dans
l'après-midi, la décision prise par l'Aéro-club de continuer la course
ramène sur la route un millier de personnes que le froid va bientôt
chasser. « Vers
4 heures du soir, Gibert tentait de continuer la course vers Angoulême,
mais gêné par la tempête il ne put y parvenir. Pour calmer l'attente
des spectateurs, l'énergique aviateur accepta de faire un vol sur les dépendances
de l'aérodrome et pendant dix minutes, il évolua avec une remarquable sûreté
à travers la campagne. Son atterrissage s'effectua de merveilleuse façon
et une formidable ovation lui est faite lors de sa rentrée aux hangars.
Ainsi finit cette fête qui promettait d'être superbe et qui a dû être
interrompue par un si douloureux événement. »
Gibert rejoint Angoulême le lendemain avec une halte à Brizay, à trois kilomètres
de l'Ile-Bouchard, pour s’orienter et faire le plein d'essence. La fin de course
d'André Beaumont n’a pas manqué de témoins. L’un
d’eux en a fait le récit : « Dimanche matin, à 7 heures
40, on entendait au loin les sonores et précipités ronflements d'un
moteur aérien. Tout le monde sortit aux portes et pendant sept minutes
exactement on eut le beau et rare spectacle du vol d'un oiseau
gigantesque. Ce vol avait cependant l'air un peu hésitant,
l'oiseau semblait chercher sa route, c'était malheureusement vrai.
A cela, du reste, rien d'étonnant puisque le temps était on ne peut plus
brumeux, dans la vallée de l'Indre surtout. « Enfin
l'oiseau disparut à l'horizon tout en paraissant piquer vers le sol.
Plusieurs habitants eurent l'impression qu'il venait d'atterrir et ils
avaient raison. En effet, au grand ahurissement des vieux manoirs de
Bergeresse et Azay-sur-Indre, l'oiseau venait se poser doucement au milieu
de la plaine. Tous les travailleurs accoururent. Ils prêtèrent leur
concours empressé à l'aviateur et l'oiseau, qui n'avait pas le moins du
monde rabattu ses ailes, reprit son vol majestueux. « Il
n'avait pas fait 100 mètres dans les airs qu'un coup de vent le rabattait
sur le sol, l'hélice s'étant brisée. Tous les ouvriers agricoles se précipitèrent
très émotionnés. L'aviateur était débout, contemplant d'un air navré
son appareil désormais hors d'usage. Mais lui était indemne. « L'aviateur, l'enseigne de vaisseau Conneau (Beaumont en aviation) fut conduit à la ferme voisine, où on lui servit un cordial opportua après quoi une automobile le transporta à Loches. « Le
bruit de cette malheureuse chute s'étant rapidement répandu, un vrai pèlerinage
s'organisa immédiatement. Toute la journée, la route nationale fut
sillonnée de piétons, cyclistes et automobilistes allant vers l'oiseau
blessé dans le secret espoir qu'il pourrait reprendre son vol. « A
4 heures, les mécaniciens de la maison Blériot arrivaient et
reconnaissaient que le mal était irréparable sur place. L'appareil a
donc été démonté pour être ramené à l'atelier comme un vulgaire
colis. « Un débitant pratique avait amené plusieurs fûts de bière et nombre de bouteilles de limonade. Il a dû faire une bonne recette. Jamais la ferme de Bihourne n'avait vu une pareille affluence. Les vieux murs du manoir de Bergeresse en ont dû frissonner. » André Beaumont s'est rattrapé par la suite. En remportant les trois autres courses de l'année.
André Beaumont au départ, à Issy-les-Moulineaux. Le médaillon et l'avion ont été rajouté par l'éditeur de cartes postales. (col.
Didier Lecoq) Divetain
à Thésée Paris
– Madrid va jouer les prolongations en Touraine. Pierre Divetain, hors
course, a décidé de suivre l’épreuve à distance. Parti le mercredi 24 de Juvisy à 4 h 50, il s’arrête une première
fois à Etampes. Sur le chemin, il se croit près de
Loches, pour avoir confondu le château de Saint-Aignan-sur-Cher avec
celui de la sous-préfecture d’Indre-et-Loire. Didier
Lecoq Aéroplane de Touraine 2005
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L'aviation en Touraine des débuts à la Seconde Guerre mondiale - Didier LECOQ - aeroplanedetouraine@wanadoo.fr |
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